Jeudi 3 septembre 2026 – Dimanche 6 septembre 2026
Madrid, il est midi passé. Dans cet immense aéroport, Nolwenn et moi attendons le vol pour Lima. On vient de rejoindre la capitale espagnole depuis Nice, et l’émotion nous a envahi. Est-ce de l’excitation, de l’appréhension, de la tristesse ? Sans doute un peu tout ça à la fois. Notre avion survole l’Atlantique, puis l’Amazonie à perte de vue avec ses bras de rivières marrons qui la sillonnent, Amazonie qui laisse finalement place à des montagnes immenses et désertiques. Les paysages sont déjà époustouflants. Et puis, le Pacifique, ce cher océan si différent du nôtre que j’ai plaisir à revoir. On longe la côte et surgissent enfin des habitations : Lima, la capitale du Pérou, se dessine et laisse présager, déjà, son immensité et son chaos ambiant.




Les premiers pas
On sort de l’aéroport, prêts à l’aventure. Quelques euros échangés et la navette part pour nous déposer juste au pieds du Airbnb que nous avons réservé. Ici, c’est l’hiver : il est 18h30, il fait nuit, mais il fait chaud. La navette nous fait goûter à l’effervescence de la ville : des embouteillages permanents, des klaxons, des habitations délabrées. Déjà en survolant la côte, nous avions eu un aperçu peu reluisant de la ville, avec ses favélas à perte de vue, ou encore ses montagnes de déchets en feu directement versés au bord de mer (oui, on voyait les flammes depuis l’avion). Le trajet en bus est long car tout est bouché, et on se demande franchement comment il n’y a pas d’accidents ; notre chauffeur a quand même fait demi tour sur l’autoroute. Je ne veux pas inquiéter nos parents : c’était une manœuvre « autorisée », mais ça reste surprenant. On se rend compte néanmoins de l’étendue de la ville et on commence à apercevoir un autre aspect de celle-ci : une immense pauvreté.
On arrive dans le quartier de Miraflores, où se situe notre logement. L’atmosphère est tout à fait différente. De nombreuses boutiques, restaurants, casinos, hôtels, le tout illuminé comme en plein jour. Ma première réaction est de me croire sur Hollywood Boulevard (vous n’êtes pas au bout de la comparaison avec Los Angeles).

Notre appartement est très bien situé, et très beau. On fait quelques courses de premières nécessités, puis on se laisse tomber dans les bras de Morphée, épuisés par cette journée de 24h.
Le secret de la Pyramide
Le lendemain matin, on part à la découverte de Miraflores, l’un des 43 districts de Lima, connu pour être le plus sûr, touristique et beau. L’impression de la veille s’avère exacte : la circulation automobile est omniprésente, excessive, bruyante, dangereuse (les piétons ne sont pas du tout prioritaire, les feux rouges sont seulement décoratifs). L’influence américaine se fait ressentir : le plan de la ville est un quadrillage et la voiture est reine.











On prend un petit déjeuner dans un très bon café, « Estaciòn 329 », où le serveur nous propose une dégustation de plusieurs cafés, un geste apprécié alors que nous étions en plein questionnement sur notre survie dans cette ville hostile. Nous partons ensuite pour visiter Huaca Pucllana, une pyramide datant de l’ère Wari (800-1000 après JC), en plein cœur de la ville. Longtemps recouverte de sable, ce qui l’avait transformée en terrain de motocross, elle fut redécouverte seulement récemment et des fouilles sont toujours en cours. C’était un lieu religieux, de sacrifices humains pour la déesse de la mer, puisque Lima était une ville de pêcheurs. Cette visite est aussi l’occasion de découvrir un autre aspect de la ville : il ne pleut jamais à Lima (15 à 30 mm par an seulement) et la ville est quasi constamment recouverte d’un voile nuageux gris, qui laisse tout de même passer un soleil brûlant. En une heure de visite, on a gagné un beau coup de soleil.










Nous nous dirigeons ensuite vers le Malecón, c’est-à-dire la jetée qui longe l’océan en hauteur. Nous déjeunons avec une vue plongeante sur l’autoroute urbaine qui serpente en contrebas, et sur les quelques surfeurs qui bravent l’hiver. Nous rentrons à l’appartement par cette sympathique balade boisée et entretenue, qui tranche avec le gâchis que représente l’autoroute, pour un dîner maison avec les quelques mets locaux achetés au supermarché.










Barranco
Samedi matin, le décalage horaire, qui nous avait jusqu’alors épargnés, nous met un coup. On décide de visiter Barranco, un autre quartier touristique à proximité de Miraflores. Là aussi, le trajet est à l’image de la ville : chaotique et submergé pour les voitures. Notre impression de la veille commence alors à se confirmer : on ne se sent pas bien dans cette ville, qui ne présente pas vraiment d’intérêt ni architectural ni touristique. C’est quelque chose, par ailleurs, que nous avions pu lire avant de venir, et qui nous avait été indiqué par un péruvien avec qui nous avions discuté à l’aéroport de Madrid.










Barranco est néanmoins colorée, avec de nombreuses fresques de street-art et des restaurants. Mais derrière ce tourisme, on découvre aussi un quartier sale, jonché de détritus. Pas de quoi nous donner envie de rester. On déjeune dans un excellent restaurant de cuisine péruvienne, República del Pisco, puis on retourne à Miraflores en bus, dans un trajet mémorable, aidé par un couple car le système de bus est particulièrement compliqué.








L’après-midi se conclut par deux échecs cuisants. D’une part, on essaie d’acheter des cartes SIM pour nos téléphones, en vain, car on ne veut pas nous en délivrer avec nos passeports. D’autre part, on essaie de se rendre dans le centre historique en bus, ce qui a été totalement impossible vu le monde. Fatigués, déçus, nous retournons à l’appartement pour nous reposer. Après tout, nous ne sommes à Lima que depuis deux jours : du repos ne fera pas de mal.
Le soir, Nolwenn me traîne dehors, et c’est sans doute la meilleure décision de la journée. Nous retournons au Square Kennedy, visité la veille et peuplé de chats en liberté, nourris et protégés par des associations et qu’il est possible d’adopter. Là, on voit une autre facette de la capitale péruvienne : le square est bondé. Cet endroit si calme la veille est devenu un lieu de rencontre, de danse, de musique, avec un petit marché, de la street-food. L’ambiance est heureuse et nous réchauffe le cœur.






Là où la réelle aventure commence
Au réveil, dimanche, nous sommes surpris par le calme régnant en maître. Cette ville d’une effervescence écrasante est devenue soudainement paisible. La circulation est apaisée, les rues désertées, on y croise des familles à vélos. Nos sacs à dos bien chargés, on part en quête de la Lucha Sanguchera, une sandwicherie repérée la veille, pour déjeuner. Le quartier est devenu presque agréable.




On finit par prendre un Uber en début d’après-midi (c’est sans doute ce qu’on aurait dû faire hier pour rejoindre le centre historique…) pour rejoindre la gare routière de Cruz del Sur, où un bus nous attend pour rejoindre Arequipa, en 18h de trajet. Évidemment, habitués à notre confort européen, nous redoutons un peu ce long trajet, sur des routes qui s’annoncent sinueuses. Pour le rendre plus agréable, nous avons réservé un bus « Confort suite », où les sièges sont inclinables à 180°.
On part alors, avec nos sacs à dos, quelques victuailles et des occupations pour une réelle aventure. Le bus sort petit à petit de la ville et les paysages se transforment : de l’urbanisation américanisée, l’autoroute traverse des quartiers beaucoup plus pauvres, des favélas, parfois des villages outlet ultra modernes en pleine construction, puis des résidences clôturées et sécurisées ultra riches, des grands espaces vides, d’immenses propriétés privées délimitées en attente de construction. Puis le désert, tantôt de sable, tantôt de roche, dans les deux cas jonchés de détritus, avec à notre gauche des paysages vallonnés et montagneux, et à notre droite l’océan à perte de vue.












Cette prochaine étape nous enthousiasme : la nuit tombe et on rêve déjà à la prochaine découverte, qu’on espère plus paisible que Lima.
Lima, une ville qu’on ne recommanderait pas forcément pour un premier atterrissage en Amérique du Sud, car elle ne présente pas un intérêt touristique majeur. Mais Lima, la tentaculaire par sa taille, la turbulente par son agitation permanente, et la violente par ses paradoxes. Elle nous pousse directement dans le grand bain et nous met face à nos propres difficultés. Celles d’européens aisés confrontés à un choc culturel violent : pas d’eau potable, pas de papier dans les toilettes, la voiture est reine (alors qu’il y a pourtant des genre de Vélib !), des déchets partout, une langue différente, une adaptation à accepter. C’est là, que le vrai voyage commence.
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Salut les Nomadeux !
Cet après-midi malgré mes occupations je n’ai pas renoncé à découvrir le blog et commencé à lire vos aventures. Je me suis évadé vers ces pays lointains que vous allez découvrir non sans une petite boule au ventre et un pincement à la gorge! Ce n’est que la voix de l’adjointe de Direction me demandant un avis sur le dossier qu’elle venait de présenter (et que je n’ai que partiellement écouté) qui m’a ramené à la réalité.
Ce soir, dans mon lit douillet je relirai plus attentivement ce qui est magnifiquement écrit et agrémenté de très belles photos.
Je vous embrasse à très vite pour de nouvelles aventures! Bisous à tous les deux.
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J’ai lu tout votre blog avec un grand plaisir. Très touchant: un beau projet devenu une nécessité et aujourd’hui en cours.
Belle écriture vivante et précise. Les photos la complètent à merveille. J’attends la suite avec impatience,( addictif comme les séries que je ne regarde pas).
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Quel article magnifiquement bien écrit ! Merci de nous avoir embarqué dans votre escale à Lima sans même avoir eu à quitter le canapé, j’étais avec vous alors que je suis allongée sous Albane après le biberon de 2h47… Elle ronfle mais je crois qu’elle rêve de routes encombrées et de nourriture péruvienne 😏 hâte d’embarquer pour la suite !
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