Lundi 7 septembre 2026 – Jeudi 10 septembre 2026

Levés de très bonne heure, sans réveil, avec le soleil, après 18h dans un bus de nuit, nous arrivons à Arequipa, au sud de Lima. Nous prévoyons d’y séjourner deux jours, avant de partir en excursion organisée dans le Canyon de Colca, le deuxième plus profond du monde.

Arequipa, la cité blanche

A notre hôtel, la Puerta del Sol, nous sommes accueillis par Cécile, la gérante, une française qui nous donne quelques bonnes adresses. Nous commençons alors notre visite par le cœur historique de la ville et notamment par la Place d’Armes, impressionnante place blanche entourée d’arcades et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur cette même place se trouve la Cathédrale Notre Dame d’Arequipa, érigée au XVIIème siècle, en pierre de tailles blanche. 

Ce blanc vif, c’est la caractéristique principale de la ville qui lui donne son surnom, et qui provient du sillar, une roche volcanique issue des hauts plateaux andins, que l’on aperçoit d’un peu partout. Arequipa est à 2335 mètres d’altitude, mais n’est pas pour autant une ville de montagne : le climat y est désertique, c’est à dire très chaud en journée et très froid pendant la nuit. 

Bien que la ville soit très grande et étendue, le cœur historique nous paraît d’emblée être bien plus paisible que Lima (à commencer par la voiture, qui y est interdite). On y trouve nombre de restaurants, commerces et marchés qui rendent la ville agréable et animée. On s’y sent bien et on a envie d’y flâner et de découvrir ses recoins, ruelles et places cachées. Si vous venez à Arequipa, il faut pousser des portes, car elles peuvent cacher des merveilles.

Le clou de la visite, c’est le Monastère Santa Catalina di Sienna, dont la construction a débuté au XVIème siècle jusqu’à la fin du XXème siècle. Comme le reste de la ville, il a été construit en sillar, peint de couleurs vives. Véritable ville dans la ville, c’est le plus grand couvent du monde, s’étendant sur 2 hectares, constitué d’un ensemble d’habitats, de rues, d’espaces communs (cuisine, salles à manger, jardins…) et d’espaces religieux. Les sœurs dominicaines y sont toujours présentes, et sont autorisées, depuis 1985 seulement, à sortir et parler. Nous passons plusieurs heures au monastère, qui offre une bulle de calme, de repos, et surtout de beauté. 

Expédition dans les Andes : le Canyon de Colca

Après ces deux premières journées à Arequipa, nous avions réservé une excursion de deux jours en groupe via notre hôtel, pour nous rendre dans le Canyon de Colca, situé à 4 bonnes heures de route d’Arequipa. 

Mercredi matin, vers 7h30 nous sommes donc récupérés par Omar, notre guide, et Wilfredo, le chauffeur du mini-bus, avec une quinzaine d’autres touristes de toutes nationalités.

Cette excursion organisée présente l’avantage d’avoir un guide avec soi en permanence, qui a pu nous partager l’histoire de sa région et ses modes de vie, mais aussi quelques astuces pour lutter contre le soroche, le mal des montagnes. On a ainsi été initié au machouillage de feuilles de coca qui, à titre personnel, m’a paru plutôt efficace.

Nous débutons donc notre ascension des Andes avec quelques arrêts stratégiques pour nous acclimater à l’altitude. Le trajet va nous mener jusqu’à 4910 mètres d’altitude, plus haut que le Mont Blanc ! Au fil de la route, le désert se transforme peu à peu, laissant place à quelques résurgences d’eau et de la petite végétation, permettant aux troupeaux de lama et de vigognes de prospérer en liberté, puis à l’absence totale de toute forme de vie autour de 5000 mètres d’altitude, offrant ainsi le spectacle d’un paysage digne de Mars. D’emblée, nous sommes terrassés par la beauté des paysages sculptés par les volcans (toujours actifs !) et par notre petitesse face à la puissance de la nature. Le trajet nous rend humble, silencieux.

En début d’après-midi, nous arrivons à Chivay, ville étape dans laquelle nous passerons la nuit. Le déjeuner est proposé dans un « buffet », un genre de restaurant à volonté pour touristes, très cher par rapport à ce que nous avons vu jusqu’à présent, et pas très bon. Malgré le fait que ce restaurant soit en supplément, on le tente quand même car cela permet de faire une grande tablée avec les autres participants et de faire des rencontres.

L’après-midi, en option, on nous propose de se baigner dans des bains thermaux dont l’eau est naturellement à 38°C, étant en contact avec les volcans. Là aussi, on se dit que c’est probablement la seule fois dans notre vie où l’on pourra le faire. Nous sommes peu nombreux à participer à cette activité, ce qui me laisse le champ libre pour sympathiser avec notre guide et échanger sur nos vies et cultures respectives. Vous imaginez bien que c’est la partie que j’ai préféré.

Le soir, on comprend que tout le monde cherche à éviter le resto proposé, trop cher et dont les avis sur Google donnaient envie de fuir. On parvient à s’échapper et on profite de la soirée très fraîche pour découvrir la ville. Chivay est calme, désertique, figée dans le temps : c’est essentiellement une ville de passage pour ceux qui comme nous vont au canyon. On dîne dans une pizzeria, un des rares restaurants ouverts, et franchement, la pizza qu’on a partagée, cuite au feu de bois, était succulente. Nous regagnons notre hôtel au style… déroutant.

Le lendemain, aux aurores, nous partons pour le Canyon de Colca, sous un grand soleil. Nous marquons deux premières étapes de quelques dizaines de minutes dans des petites villages, où s’arrêtent tous les bus touristiques, et où l’on peut voir des boutiques souvenirs, des lamas avec des femmes en costume traditionnel, des danses. Et c’est à ce moment précis que nous avons commencé à nous questionner. Des dizaines de bus comme le nôtre font ce même trajet chaque jour à un rythme effréné (ce qui pose déjà la question du surtourisme dans un milieu naturel protégé), avec des arrêts organisés où les touristes sont incités à payer, payer, payer : acheter une boisson, acheter une photo avec un lama, donner un tips pour les danses… Si l’on peut entendre que cette activité fait vivre l’économie locale, non seulement cela sonne faux et peu authentique, mais en plus cela donne l’impression d’un néo-colonialisme insidieux, qu’on ne veut pas cautionner. Une fois ce constat posé entre nous deux, je m’aventure à le partager à d’autres voyageurs lors du déjeuner, qui nous révèlent avoir le même ressenti.

Notre route se poursuit à travers la majestueuse vallée du Colca, marquée par la présence de terrasses pré-Incas. Les paysages sont à nouveaux époustouflants et nous confirment le ressenti de la veille : l’essentiel au Pérou ne semble pas résider dans les villes, mais bien dans ses paysages.

Nous entrons, enfin, dans le véritable Canyon, par une petite balade d’une quarantaine de minutes, qui nous met d’emblée face à la gorge vertigineuse de 1000 mètres de profondeur. 

La quiétude du lieu est soudainement interrompue par un battement d’aile. Puis un cri, profond, qui nous donne des frissons. Des condors, rois ailés de l’azur andin, avec leurs ailes de géant à l’envergure de 3 mètres, surgissent et nous frôlent. Nous étions ébahis par la puissance du paysage la nous sommes pris aux tripes par le spectacle qui s’offre à nous.

Notre promenade nous mène enfin à l’étape ultime, la Cruz del Condor, point de vue dominant l’entrée du canyon. A notre grand regret, nous n’irons pas plus loin dans sa découverte, mais ce moment vécu, au cœur de ce paysage grandiose, restera à jamais dans nos mémoires. A nouveau silencieux, humble, nous repartons à Chivay pour le déjeuner, avec une ultime pause sur le trajet pour admirer une dernière fois la vallée marquée par le passage de l’eau et de ceux qui ont essayé de la maîtriser. Puis nous rejoignons Arequipa à nouveau, par le chemin inverse (plus question de s’acclimater au changement d’altitude, il y a un planning serré à tenir et il n’y a plus d’arrêts sur la route – ce qui confirme notre ressenti sur le tourisme de masse). Fatigués mais heureux, notre esprit divague et se perd dans les derniers paysages andins que nous apercevons par la fenêtre, et rêvons déjà aux prochaines découvertes, que nous ferons dès le lendemain à Cusco.


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2 commentaires sur « D’Arequipa au Canyon de Colca »

  1. Merci de partager avec nous vos belles aventures, j’ai l’impression d’y être un petit peu… tant les articles sont bien écrits et se lisent comme un roman génial! Les photos sont incroyables, mention spéciale pour le bain thermal en haute altitude. Hâte de suivre la suite de l’épopée et de vos découvertes.

    bises à vous deux

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